Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/395

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vain parmi nous. Tous avec un beau vernis de paroles tachent en vain de donner le change sur leur vrai but ; aucun ne s’y trompe, & pas un n’est la dupe des autres quoique tous parlent comme lui. Tous cherchent leur bonheur dans l’apparence, nul ne se soucie de la réalité. Tous mettent leur être dans le paroître : tous, esclaves & dupes de l’amour-propre ne vivent point pour vivre, mais pour faire croire qu’ils ont vécu. Si vous ne m’eussiez dépeint votre J. J. j’aurois cru que l’homme naturel n’existoit plus, mais le rapport frappant de celui que vous m’avez peint avec l’auteur dont j’ai lu les livres, ne me laisseroit pas douter que l’un ne fut l’autre, quand je n’aurois nulle autre raison de le croire. Ce rapport marque me décide, & sans m’embarrasser du J. J. de nos Messieurs, plus monstrueux encore par son éloignement de la nature que le votre n’est singulier pour en être reste si près, j’adopte pleinement les idées crue vous m’en avez données, & si votre J. J. N’est pas tout-a-fait devenu le mien, il a l’honneur de plus d’avoir arrache mon estime sans que mon penchant ait rien fait pour lui. Je ne l’aimerai peut-être jamais, parce que cela ne dépend pas de moi : mais je l’honore parce que je veux être juste, que je le crois innocent, & que je le vois opprime. Le tort que je lui ai fait en pensant si mal de lui, étoit l’effet d’une erreur presque invincible dont je n’ai nul reproche à faire à ma volonté. Quand l’aversion que j’eus pour lui dureroit dans toute sa force, je n’en serois pas moins dispose à l’estimer & le plaindre. Sa destinée est un exemple peut-être unique de toutes les humiliations possibles, & d’une patience presque invincible à les supporter. Enfin le souvenir de l’illusion dont