Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/401

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que vous aviez commence. J’ai senti en les lisant quelle passion donnoit tant d’énergie à ton ame & de véhémence à sa diction. Ce n’est pas une explosion passagere, c’est un sentiment dominant & permanent qui peut se soutenir ainsi durant dix ans, & produire douze volumes toujours pleins du même zele, toujours arraches par la même persuasion. Oui, je le sens, & le soutiens comme vous, des qu’il est Auteur des écrits qui portent son nom, il ne peut avoir que le cœur d’un homme de bien.

Cette lecture attentive & réfléchie à pleinement achevé dans mon esprit la révolution que vous aviez commencée. C’est en faisant cette lecture avec le soin qu’elle exige, que j’ai senti toute la malignité toute la détestable adresse de ses amers commentateurs. Dans tout ce que je lisois de l’original, je sentois la sincérité la droiture d’une ame haute & fière, mais franche & sans fiel, qui se montre sans précaution, sans crainte, qui censure à découvert, qui loue sans réticence, & qui n’a point de sentiment à cacher. Au contraire tout ce que je lisois dans les réponses montroit une brutalité féroce, ou une politesse insidieuse, traîtresse, & couvroit du miel des éloges le fiel de la satire & le poison de la calomnie. Qu’on lise avec soin la lettre honnête mais franche à M. d’A***.

[Alembert] sur les spectacles, & qu’on la compare avec la réponse de celui-ci, cette réponse si soigneusement mesurée, si pleine de circonspection affectée, de complimens aigre-doux, si propre à faire penser le mal en feignant de ne le pas dire ; qu’on cherche ensuite sur ces lectures à découvrir lequel des deux Auteurs est le méchant. Croyez-vous qu’il se trouve