Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/400

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prises pour cet effet, que des preuves administrées de cette maniere, par des gens si passionnes, perdent toute autorise dans mon esprit vis -a-vis de vos observations. Le public est trompe, je le vois, je le sais ; mais il se plaît à l’être & n’aimeroit pas à se voir désabuser. J’ai moi-même été dans ce cas & ne m’en suis pas tire sans peine. Nos Messieurs avoient ma confiance, parce qu’ils flattoient le penchant qu’ils m’avoient donne, mais jamais ils n’ont eu pleinement mon estime, & quand je vous vantois leurs vertus je n’ai pu me résoudre à les imiter. Je n’ai voulu jamais approcher de leur proie pour la cajoler la tromper la circonvenir à leur exemple, & la même répugnance que je voyois dans votre cœur étoit dans le mien quand le cherchois à la combattre. J’approuvois leurs manœuvres sans vouloir les adopter. Leur fausseté qu’ils appelloient bienveillance ne pouvoit me séduire, parce qu’au lieu de cette bienveillance dont ils se vantoient, je ne sentois pour celui qui en étoit l’objet qu’antipathie répugnance aversion. J’étois bien aise de les voir nourrir pour lui une sorte d’affection méprisant & dérisoire qui avoit tous les effets de la plus mortelle haine : mais je ne pouvois ainsi me donner le change à moi-même, & ils me l’avoient rendu si odieux que je le haissois de tout mon cœur sans feinte tout à découvert. J’aurois craint d’approcher de lui comme d’un monstre effroyable, & j’aimois mieux n’avoir pas le plaisir de lui nuire pour n’avoir pas l’horreur de le voir.

En me ramenant par degrés à la raison, vous m’avez inspire autant d’estime pour sa patience & sa douceur que de compassion pour ses infortunes. Ses livres ont achevé l’ouvrage