Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/424

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& passoit sa vie à faire & défaire, faute de pouvoir accomplir ses mauvais desseins.

Cet ouvrage qu’on préparé de longue main pour le publier d’abord après sa mort, doit, par les pieces & les preuves dont il sera muni, fixer si bien le jugement du public sur sa mémoire, que personne ne s’avise même de former là-dessus le moindre doute. On y affectera pour lui le même intérêt la même affection dont l’apparence bien ménagée a eu tant d’effet de son vivant, & pour marquer plus d’impartialité, pour lui donner comme à regret un caractere affreux, on y joindra les éloges les plus outres de sa plume & de ses talens, mais tournes de façon à le rendre odieux encore par-là, comme si dire & prouver également le pour & le contre, tout persuader & ne rien croire eut le jeu favori de son esprit. En un mot l’écrivain de cette vie, admirablement choisi pour cela, saura comme l’Aletès du Tasse.

Menteur adroit, savant dans l’art de nuire

Sous la forme d’éloge habiller la satire.

Ses livres, dites-vous, transmis à la postérité, déposeront en faveur de leur Auteur. Ce sera, je l’avoue, un argument bien fort pour ceux qui penseront comme vous & moi sur ces livres. Mais savez-vous à quel point on peut les défigurer, & tout ce qui a déjà été fait pour cela avec le plus grand succès, ne prouve-t-il pas qu’on peut tout faire sans que le public le croye ou le trouve mauvais ? Cet argument tire de ses livres à toujours inquiète nos Messieurs. Ne pouvant les anéantir, & leurs plus malignes interprétations ne suffisant pas encore