Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/432

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touchantes instances, avec le plus parfait désintéressement, & par les seuls motifs de la plus pure vertu, sembloit ne pouvoir qu’honorer son auteur & le rendre respectable, quand même cet écrit n’eut été qu’un tissu d’erreurs. Si vous saviez par qui, pour qui, pourquoi cet écrit étoit sollicite, l’usage qu’on s’est empresse d’en faire & le tour qu’on a su lui donner, vous sentiriez parfaitement combien il eut été a désirer pour l’auteur que, résistant à toute cajolerie, il se refusât à l’appât de cette bonne œuvre qui de la part de ceux qui la sollicitoient avec tant d’instance, n’avoit pour but que de la rendre pernicieuse pour lui. En un mot, s’il connoît sa situation, il doit comprendre, pour peu qu’il y réfléchisse, que toute proposition qu’on lui fait & quelque couleur qu’on y donne a toujours un but qu’on lui cache & qui l’empecheroit d’y consentir si ce but lui étoit connu. Il doit sentir sur-tout que le motif de faire du bien ne peut être qu’un piège pour lui de la part de ceux qui le lui proposent, & pour eux un moyen réel de faire du mal à lui ou par lui, pour le lui imputer dans la suite ; qu’après l’avoir mis hors d’état de rien faire d’utile aux autres ni à lui même, on ne peut plus lui présenter un pareil motif que pour le tromper ; qu’enfin n’étant plus dans sa position en puissance de faire aucun bien, tout ce qu’il peut désormais faire de mieux est de s’abstenir tout-a-fait d’agir de peur de mal faire sans le voir ni le vouloir, comme cela lui arrivera infailliblement chaque fois qu’il cédera aux instances des riens qui l’environnant, & qui ont toujours leur leçon toute faite sur les choses qu’ils doivent lui proposer. Sur-tout qu’il ne se laisse point émouvoir par le reproche de se refuser à quelque