Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/434

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Non, Monsieur, compotez que toutes leurs mesures sont si bien prises qu’il leur reste peu de chose à craindre de ce cote-la.

Parmi les singularités qui distinguent le siecle ou nous vivons de tous les autres, est l’esprit méthodique & conséquent qui depuis vingt ans dirige les opinions publiques. Jusqu’ici ces opinions erroient sans faire & sans regle au gré des passions des hommes, & ces passions s’entrechoquant sans cesse faisoient flotter le public de l’une à l’autre sans aucune direction constante. Il n’en est plus de même aujourd’hui. Les préjugés eux-mêmes ont leurs marches & leurs regles, & ces regles auxquelles le public est asservi sans qu’il s’en doute, s’établissent uniquement sur les vues de ceux qui le dirigent. Depuis que la secte philosophique s’est réunie en un corps sous des chefs, ces chefs par l’art de l’intrigue auquel ils se sont appliques, devenus les arbitres de l’opinion publique, le sont par elle de la réputation, même de la destinée des particuliers & par eux de celle de l’État. Leur essai fut fait sur J. J. & la grandeur du succès qui dut les étonner eux-mêmes leur fit sentir jusqu’ou leur crédit pouvoit s’étendre. Alors ils songèrent a s’associer des hommes puissans pour devenir avec eux les arbitres de la société, ceux sur-tout qui, disposes comme eux aux secrètes intrigues &aux mines souterraine, ne pouvoient manquer de rencontrer & d’éventer souvent les leurs. Ils leur firent sentir que travaillant de concert ils pouvoient étendre tellement leurs rameaux sous les pas des hommes que nul ne trouvât plus d’assiette solide & ne put marcher que sur des terrains contreminés. Ils se donnerent des chefs principaux