Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/471

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de ceux qui l’auront faite, réveille un jour en quelqu’un d’eux quelque sentiment de justice & de commisération, quand long-tems après ma mort, le délire public commencera a s’affoiblir. Alors ce souvenir peut produire en son ame quelque heureux effet que la passion qui les anime arrête de mon vivant, & il n’en faut pas davantage pour commencer l’œuvre de la providence. Je profiterai donc des occasions de faire connoître cet écrit, si je les trouve, sans en attendre aucun succès. Si je trouve un dépositaire que j’en puisse raisonnablement charger, je le ferai, regardant néanmoins mon dépôt comme perdu & m’en consolant d’avance. Si je n’en trouve point, comme je m’y attends, je continuerai de garder ce que je lui aurois remis, jusqu’a ce qu’a ma mort, si ce n’est plutôt, mes pers2cuteurs s’en saisissent. Ce destin de mes papiers que je vois inévitable ne m’alarme plus. Quoi que fassent les hommes, le Ciel a son tour sera sort œuvre. J’en ignore le tems les moyens l’espece. Ce que je sais, c’est que l’arbitre suprême est puissant & juste, que mon ame est innocente & que je n’ai pas mérite mon sort. Cela me suffit. Céder désormais a ma destinée, ne plus m’obstiner a lutter contre elle, laisser mes persécuteurs disposer a leur gré de leur proie, rester leur jouet sans aucune résistance, durant le reste de. mes vieux & tristes jours, leur abandonner