Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/55

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par eux-mêmes qui se parent ainsi de ceux d’autrui, & quiconque avec une tète active & pensante à senti le délire & l’attrait du travail d’esprit ne va pas servilement sûr la trace d’un autre pour se parer ainsi de productions étrangeres par préférence à celles qu’il peut tirer de son propre fond. Allez, Monsieur, celui qui a pu être assez vil & assez sot pour s’attribuer le Devin du Village sans l’avoir fait & même sans savoir la musique, n’a jamais sait une ligne du Discours sûr l’inégalité, ni de l’Emile ni du Contrat Social. Tant d’audace & de vigueur d’un cote, tant d’ineptie et de lâcheté de l’autre ne s’associeront jamais dans la même ame.

Voila une preuve qui parle à tout homme sensé. Que d’autres qui ne sont pas moins fortes ne parlent qu’à moi, j’en suis fâché pour mon espece ; elles devroient parler à toute ame sensible & douée de l’instinct moral. Vous me dites que tous ces écrits qui m’échauffent me touchent m’attendrissent, me donnent la volonté sincere d’être meilleur sont uniquement des productions d’une tète exaltée conduite par un cœur hypocrite & fourbe. La figure de mes êtres sublunaires vous aura déjà fait entendre que je n’étois pas la-dessus de votre avis. Ce qui me confirme encore dans le mien est le nombre & l’étendue de ces mêmes écrits ou je sens toujours & par-tout la même véhémence d’un cœur échauffe des mêmes sentimens. Quoi ! ce fléau du genre-humain, cet ennemi de toute droiture de toute justice de toute bonté s’est captive dix à douze ans dans le cours de quinze volumes à parler toujours le plus doux le plus pur le plus énergique langage de la vertu, à plaindre les miseres humaines, à en montrer la