Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/57

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multiplier les scélérats pour se donner des aides & des complices dans l’exécution de ses horribles projets ; au lieu qu’il n’a travaille réellement qu’à se susciter des obstacles & des adversaires dans tous les prosélytes que ses livres feroient à la vertu.

Autres raisons non moins fortes dans mon esprit. Cet Auteur putatif, reconnu par toutes les preuves que vous m’avez fournies le plus crapuleux le plus vil débauche qui puisse exister, à passa sa vie avec les trainées des rues dans les plus infâmes réduits, il est hébété de débauche, il est pourri de vérole, & vous voulez qu’il ait écrit ces inimitables lettres pleines de cet amour si brûlant & si pur qui ne germa jamais que dans des cœurs aussi castes que tendres ? Ignorez-vus que rien n’est moins tendre qu’un débauche, que l’amour n’est pas plus connu des libertins que des femmes ; de mauvaise vie, que la crapule endurcit le cœur, rend ceux qui s’y livrent impudens grossiers brutaux cruels, que leur sang appauvri dépouillé de cet esprit de vie qui du cœur porte au cerveau ces charmantes images d’ou naît l’ivresse de l’amour, ne leur donne par l’habitude que les acres picotemens du besoin, sans y joindre ces douces impressions qui rendent la sensualité aussi tendre que vive ? Qu’on me montre une lettre d’amour main inconnue, je suis assure de connoitre à sa lecture si celui qui l’écrit à des mœurs. Ce n’est qu’aux yeux de ceux qui en ont que les femmes peuvent briller de ces charmes touchans & chastes qui seuls sont le délire des cœurs vraiment amoureux. Les débauches ne voient en elles que des instrumens de plaisir