Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/78

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tous ne demandoient pas mieux que de concourir à cette œuvre qu’aucun n’osoit entamer de peur de paroitre écouter uniquement la vengeance. Mais à la faveur de ce premier fait bien établi & suffisamment aggrave, tout le reste devint facile. On pût sans soupçon d’animosité se rendre l’écho des ses amis, qui même ne le chargeoient qu’en le plaignant & seulement pour l’acquit de leur conscience ; & voila comment dirige par des gens instruits du caractere affreux de ce monstre, public, revenu peu-a-peu des jugemens favorables qu’il en avoit portes si long-tems, ne vit plus que du faste ou il avoit vu du courage, de la bassesse ou il avoit la simplicité, de la forfanterie ou il avoit vu du désintéressement, & du ridicule ou il avoit vu de la singularité.

Voilà l’état ou il falut amener les choses pour rendre croyables mémo avec toutes leurs preuves les noirs mysteres qu’on avoit à révéler, & pour le laisser vivre dans une liberté du moins apparente, & dans une absolue impunité. Car une fois un bien connu l’on n’avoir plus à craindre qu’il pût ni tromper ni séduire personne & ne pouvant plus se donner des complices, il étoit hors d’état, surveille comme il l’étoit par ses amis & par leurs amis, de suivre ses projets exécrables & de faire aucun mal dans la société. Dans cette situation, avant de révéler les découvertes qu’on avoit faites, on capitula qu’elles ne porteroient aucun préjudice à sa personne, & que pour le laisser même jouir d’une parfaite sécurité, on ne lui laisseroit jamais connoitre qu’on l’eût démasque. Cet engagement contracte avec toute la forcé possible a été rempli jusqu’ici avec une. fidélité qui tient du prodige. Voulez-vous être le premier