Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/77

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dans le public qu’à mesure qu’on y reviendroit des préjugés qu’on avoit en sa saveur. Car son hypocrisie avoit alors le plus grand succès. La route nouvelle qu’il s’étoit frayée & qu’il paroissoit suivre avec assez de courage pour mettre sa conduite d’accord avec ses principes, son audacieuse morale qu’il sembloit prêcher par son exemple encore que par ses livres, & sûr-tout son désintéressement apparent dont tout le monde alors étoit la dupe ; toutes ces singularités qui supposoient du moins une ame ferme excitoient l’admiration de ceux mêmes qui les desapprouvoient. On applaudissoit à ses maximes sans les admettre & son exemple sans vouloir le suivre.

Comme ces dispositions du public auroient pu l’empêcher de se rendre aisément à ce qu’on lui vouloir apprendre, il falut commencer par les changer. Ses fautes dans le jour le plus odieux commencerent l’ouvrage ; son imprudence à les déclarer auroit pu paroitre franchise ; il la salut déguiser. Cela paroissoit difficile ; car on m’a dit qu’il en avoit fait dans l’Emile un aveu presque formel avec des regrets qui devoient naturellement lui épargner les reproches des honnêtes-gens. Heureusement le public qu’on animoit alors contre lui, & qui ne voit rien que ce qu’on veut qu’il voye, n’apperçut point tout cela, & bientôt avec les renseignemens suiffisans pour l’accuser & le convaincre sans qu’il parut que ce fut lui qui les eût fournis, on eût la prise nécessaire pour commencer l’œuvre de sa diffamation. Tout se trouvoit merveilleusement dispose pour cela. Dans ses brutales déclamations il avoir, comme vous le remarquez vous-même, attaque tous les états :