Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/99

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façon qu’il lui soit impossible de s’y dérober ; & cette charité, qu’on s’attache à rendre bruyante, à peut-être contribue plus que toute autre chose à le déprimer autant que le desiroient ses amis.

Rousseau.

Comment, ses amis ?

Le François.

Oui, c’est un nom qu’aiment à prendre toujours nos Messieurs pour exprimer toute leur bienveillance envers lui, toute leur sollicitude pour son bonheur, &, ce qui est très-bien trouvé, pour le faire accuser d’ingratitude en se montrant si peu sensible à tant de bonté.

Rousseau.

Il y a la quelque chose que je n’entends pas bien. Expliquez-moi mieux tout cela, je vous prie.

Le François.

Il importoit, comme je vous l’ai dit, pour qu’on pût le laisser libre sans danger, que sa diffamation fut universelle. *

[*Je n’ai point voulu parler ici de ce qui se fait au théâtre & de ce qui s’imprime journellement en Hollande & ailleurs parce que cela passe toute croyance, & qu’en le voyant & en ressentant continuellement les tristes effets j’ai peine encore à le croire moi-même. Il y a quinze ans que tout cela dure, toujours avec l’approbation publique & l’aveu du Gouvernement. Et moi je vieillis ainsi seul parmi tous ces forcenés, sans aucune consolation de personne, sans néanmoins perdre ni courage ni patience, &, dans l’ignorance ou l’on me, élevant au Ciel pour toute défense un cœur exempt de fraude & des mains pures de tout mal.]