Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/98

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des indiscrètes vivacités qui lui échappent, & qu’on amplifie & commente de sang-froid. Ils prennent en même tems toutes les précautions possibles pour qu’il ne puisse tirer d’eux aucune lumière ni par rapport à lui ni par rapport à qui que ce soit. On ne prononce jamais devant lui le nom de ses premiers délateurs & l’on ne parle qu’avec la plus grande réserve de ceux qui influent sûr son sort, de sorte qu’il lui est impossible de parvenir à savoir ni ce qu’ils disent ni ce qu’ils sont, s’ils sont à Paris ou absens, ni même s’ils sont morts ou en vie. On ne lui parle jamais de nouvelles, ou on ne lui en dit que de fausses ou de dangereuses, qui seroient de sa part de nouveaux crimes s’il s’avisoit de les répéter. En province on empêchoit aisément qu’il ne lut aucune gazette. À Paris ou il y auroit trop d’affection l’on empêche au moins qu’il n’en voye aucune dont il puisse tirer quelque instruction qui le regarde, & sûr -tout celles ou nos Messieurs sont parler de lui. S’il s’enquiert de quelque chose personne n’en fait rien ; s’il s’informe de quelqu’un personne ne le connaît ; s’il demandoit avec un peu d’empressement le tems qu’il fait, on ne le lui diroit pas. Mais on s’applique en revanche à lui faire trouver les denrées, sinon à meilleur marche, du moins de meilleure qualité qu’il ne les auroit au même prix, ses bienfaiteurs suppléant généreusement de leur bourse à ce qu’il en coûte de plus pour satisfaire la délicatesse qu’ils lui supposent, & qu’ils tachent même d’exciter en lui par l’occasion & le bon marche, pour le plaisir d’en tenir note. De cette maniere mettant adroitement le menu peuple dans leur confidence, ils lui sont l’aumône publiquement malgré lui de