Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/109

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amante. Au reste, si les hommes se trahissent dans un siecle où l’éducation, l’honneur & les sentimens regnent plus que jamais, à quoi a-t-on dû s’attendre dans les siecles d’ignorance & de barbarie ? Croit-on que les hommes plus vicieux alors aient été moins malins, moins trompeurs, parce qu’ils étoient moins savans ? c’est une erreur très-grossiere que de croire que les Sciences & les Arts rendent les hommes plus fins, plus artificieux. Je pourrois citer cent traits de la plus naïve simplicité pris dans les plus grands hommes, depuis La Fontaine jusqu’à Newton. Celui qui raconte avec tant d’art les fourberies du renard & du loup, ne garde pour lui que la simplicité de l’agneau. Celui dont la sagacité étonne l’univers, quand il s’agit de sonder les profondeurs de la nature, quand il s’agit de donner la torture à la lumiere, de lui extorquer ses secrets par des ruses physiques aussi fines que cette matiere est subtile ; celui-là même n’a plus vis-à-vis d’une femme, d’un homme du monde, qu’une timidité, une ingénuité rustique qui se trouvé primée par la frivolité même. L’aigle des Académies devient le butor des cercles. Ce sera bien pis, s’il est question de l’art de pénétrer les petits détails d’intérêt, d’affaires de commerce, les finesses, les stratagêmes qui sont partie de cet art si connu du commun des hommes. J’ose avancer sans crainte d’être contredit par aucun homme raisonnable, qu’en cette partie, une douzaine de ces hommes transcendans, va être le jouet d’un rustre Bas-Normand ou Manceau, & la raison en est aussi simple qu’eux ; leur sublime génie est entiérement occupé des sujets qui leur sont proportionnés ; il n’est jamais des descendu