Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/113

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en état de comparer cette harmonie admirable avec les désordres affreux annexés à la barbarie, aux mœurs sauvages, alors il se croiroit transporté dans le séjour des Dieux, & il le seroit en effet, par comparaison avec son premier état.

Où il n’y a nul effet — nos Arts se sont avancés à la perfection. On dit aller à la perfection, & non pas s’avancer à la perfection, mais bien s’avancer vers la perfection : comme on dit, aller à Paris, & non pas s’avancer à Paris, mais bien s’avancer vers Paris ; & la raison en est simple, c’est que celui qui va à un lieu, est censé l’atteindre, aller jusques-là ? au lieu que celui qui s’avance vers quelque chose, peut fort bien ne faire que quelques pas vers elle, & en rester là. En fait de Sciences, je n’y regarderois pas de si près, j’y sacrifie volontiers la pureté du langage à une expression plus nette & plus forte ; mais un Orateur doit être scrupuleux sur la langue.

Dira-t-on que c’est un malheur — & dans tous les lieux. Voilà une déclaration bien formelle du paradoxe que l’Auteur ose soutenir ; suivons-le dans les prétendues preuves qu’il va donner de propositions aussi révoltantes & aussi fausses.

Voyez l’Egypte — & enfin des Turcs. Ces faits historiques prouvent-ils le moins du monde que l’Égypte polie par les Sciences & les Arts en fût devenue moins vertueuse pour être devenue plus foible. Cette preuve au contraire ramenée à la vérité nous apprend que l’Égypte conquérante est l’Égypte barbare & féroce ; que l’Égypte conquise est l’Égypte savante, civilisée, vertueuse, assaillie par des peuples aussi barbares & aussi féroces, qu’elle l’étoit elle-même autrefois. Qu’ya-t-il là qui ne soit conforme à la nature & à notre these ? N’est-il