Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/124

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naturelle, en les accoutumant à faire périr leurs propres enfans, s’ils avoient le malheur d’être nés mal-faits, foibles ou infirmes. Que de grands hommes nous aurions perdus, si nous étions aussi barbares que les Spartiates ! C’est pour le même dessein qu’ils enlevoient les enfans à leurs parens, & les faisoient élever dans les écoles publiques où ils les instruisoient à être voleurs & à expirer sous les coups de fouets, sans donner le moindre signe de repentir, de crainte ou de douleur. Ne croiroit-on pas voir l’illustre Cartouche, ce Lycurgue des scélérats de Paris, donner à ses sujets des leçons d’adresse dans son art, & de patience dans les tortures qui les attendent ? Ô Sparte ! ô opprobre éternel de l’humanité ! Pourquoi t’occupes-tu à transformer les hommes en tigres ? Ta politique digne des Titans tes fondateurs,*

[*Selon le Pere Pezron.] te donne des soldats ! D’où vient donc les Athéniens tes voisins si humains, si policés t’ont-ils battu tant de fois ? D’où vient as-tu recours à eux dans les incursions des Perses ? D’où vient les Oracles tel forcent-ils à leur demander un Général ? Insensée, tu mets tout le Corps de ta République en bras, & ne lui donnes point de tête. Tu ne saurois mettre tes chefs en parallele avec les deux Aristomenes, les Alcibiades, les Aristides, les Thémistocles, les Cimons, &c. enfans d’Athenes, enfans des Beaux-Arts, & les principaux Auteurs des plus éclatantes victoires qu’ait jamais remporté la Grece. Tu ignores donc que c’est du conducteur d’une armée que dépendent principalement ses exploits, que le Général fait le soldat, & que le hasard seul a pu rendre quelquefois heureux des Généraux barbares, contre des Nations