Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/127

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au moins de l’honneur & de la vertu. Le peuple Romain se donna donc pour le protecteur de tous les peuples qui recherchoient son alliance, & imploroient son secours ; mais le traître se fit bientôt le maître de ceux qui ne l’avoient voulu que pour ami. Voilà la vertu de Rome & de Caton. Qui dit conquérant, dit pour l’ordinaire injuste & barbare ; cette maxime est sur-tout vraie pour Rome ; & si cette fameuse ville a produit de grands hommes, a montré des vertus rares, elle les a dégradées en les employant a commettre les injustices & les cruautés sans nombre, par lesquelles elle a désolé & envahi l’univers.

Quand Cynéas prit notre Sénat— de commander à Rome & de gouverner la terre. On vient de voir de quelle espece étoit cette vertu. Quant au particulier, s’il y avoit des hommes vertueux, on a vu, au rapport de Cicéron même, que cette vertu étoit due, au moins en partie, à la culture des Lettres, & des Sciences, puisqu’il donne le nom de très-savant à Caton l’ancien, & qu’il cite Scipion l’Africain, Lélius, Furius, &c. les sages de Rome, comme gens distingués dans les Sciences.

Mais franchissons la distance des lieux — & le mépris pire cent fois que la mort. Cela est bon pour le discours. Il n’y a rien de pire que la ciguë, & il n’est que de vivre. On fait l’éloge de notre siecle, en le croyant assez humain pour ne point faire avaler ce breuvage mortel à Socrate ; mais on ne lui rend pas justice en ne le croyant pas assez raisonnable pour ne point mépriser Socrate. Au moins on peut être sur que le mépris n’auroit pas été général.