Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/138

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partie des Arts la plus propre à rendre un Etat puissant & florissant, & qui n’entraîne pas nécessairement luxe après elle, comme le croit l’Auteur ; nous en avons la preuve dans nos illustres voisins. L’Angleterre & la Hollande ont un commerce beaucoup plus étendu & plus riche que le nôtre ; portent-ils le luxe aussi loin que nous ? Pour-quoi ? C’est que le commerce, loin de favoriser le luxe comme le croit notre Orateur, le réprime au contraire. Quiconque est livré à l’art de s’enrichir & d’agrandir sa fortune, se garde bien de la perdre en folles dépenses. D’ailleurs cette passion de s’enrichir par le commerce n’est pas incompatible avec la vertu. Quelle probité, quelle fidélité admirables regnent parmi les négocians qui, sans s’être jamais vus, & qui étant situés quelquefois aux extrémité de l’univers, se gardent une foi inviolable dans leurs engagemens ! Comparez cette conduite avec les ruses, les fourberies, les scélératesses des Sauvages, entre les mains desquels ils tombent quelquefois dans leurs voyages.

L’un vous dira qu’un homme — fit trembler l’Asie. On convient avec l’Auteur que les richesse, dont l’usage est perverti par le luxe & la mollesse, corrompent le courage. Mais tous ces défauts n’ont aucun rapport aux Sciences & aux Arts ; ils n’en sont pas les suites, ainsi que nous l’avons montré ci-devant. Alexandre qui subjugua tout l’Orient avec trente mille hommes, étoit le Prince le plus savant & le mieux dans les Beaux-Arts de tout son siecle, & c’est avec ce savoir supérieur qu’il a vaincu ces Scythes si vantés, qui avoient résisté tant de fois aux incursions des Perses, lors même que