Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/156

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dans ce prétendu Sanctuaire ; par exemple, ceux qui ont plus d’aptitude aux sciences, plus de sagacité, plus de génie ; car tous ces gens-la en deviendront d’autant plus mauvais, d’autant plus dangereux au reste de la société, selon les principes de l’Auteur : à moins qu’ici la vérité ne lui échappe malgré lui, & qu’il ne rende aux sciences l’hommage qu’il leur doit à tant d’égards. Cette derniere conjecture est très-vraisemblable.

Tandis qu’il seroit à souhaiter — que la nature destinoit à faire des disciples. Oh ! ma conjecture devient ici plus que vraisemblable. L’Auteur reconnoît formellement la dignité & l’excellence des sciences ; il n’y veut admettre que ceux qui y sont réellement propres, & il a raison au fond ; cet abus dans les vocations est réel dans les bons principes & dans les principes ordinaires. Mais 1º. le Citoyen de Geneve ne raisonne pas conséquemment à sa these ; car puisque les sciences sont pernicieuses aux mœurs, plus ceux qui les cultiveront seront spirituels, subtils, plus ils seront méchans & à craindre ; & dans ce cas, pour le bien de la société, les stupides seuls doivent être destinés aux Sciences. 2 ?. Cet Auteur a oublié ici qu’il enveloppe les Arts aussi bien que les Sciences dans son anathème, & que ce fabricateur d’étoffe est un ministre du luxe. Qu’il aille donc labourer la terre. À quoi bon les étoffes ? L’homme de bien est un athlète qui se plaît à combattre à nud. Nous en ressemblerons mieux à la vertu dans cette simplicité ; & pourquoi tout le reste du corps ne supporteroit-il pas les injures des saisons, aussi bien que le visage & les mains ? Ce seroit le moyen d’avoir des guerriers