Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/169

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voit que la distinction imaginée pour sauver les contradictions de son Discours, est frivole, & que ni cette Piece, ni les Observations qui viennent à l’appui, ne donnent point la moindre atteinte à l’utilité si généralement reconnue des Sciences & des Arts, tant pour nous procurer nos besoins, nos commodités, que pour nous rendre plus gens de bien.

III.

Le Citoyen de Geneve exclut de la société toutes les Sciences, tous les Arts, sans exception ; il regarde l’ignorance la plus complete comme le plus grand bien de l’homme, comme le seul asyle de la probité & de la vertu ; & en conséquence il oppose à notre siecle poli par les Sciences & les Arts, les mœurs des Sauvages de l’Amérique, les mœurs des peuples livrés à la seule nature, au seul instinct. M. Rousseau dans ses Observations déclare qu’il n’a garde de tomber dans ce défaut ; qu’il admet la théologie, la morale, la science du salut enfin ; mais il n’admet que celles-là, porrô unum est necessarium, & il regarde toutes les autres Sciences, tous les autres Arts, comme inutiles, comme pernicieux au genre-humain, non pas en eux-mêmes, mais par l’abus qu’on en fait, & parce qu’on en abuse toujours. Il paroît dans son discours, qu’il met le luxe au nombre de ces abus : ici, c’est au contraire le luxe qui enfante les Arts, & la premiere source du mal est l’inégalité des conditions, la distinction de pauvre & de riche.

§. I. Je me garderai bien d’établir sérieusement la nécessité de cette inégalité des conditions, qui est le lien le plus fort, le plus essentiel de la société. Cette vérité triviale faute aux