Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/168

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que lui trace son Créateur. II a trop de passions dans le cœur pour n’en pas faire un mauvais usage. Plus l’homme a des passions, plus la science de la Morale & de la Philosophie lui est nécessaire pour les dompter ; plus il doit aussi s’amuser, s’en distraire par l’étude & l’exercice des Sciences & des Arts. Plus l’homme a de passions, plus il a de ce feu qui le rend propre à faire les découvertes les plus grandes, les plus utiles ; plus il a de ce feu, principe du grand homme, du héros, qui le rend propre aux vastes entreprises, aux actions les plus sublimes. Donc plus les hommes de passions, plus il est nécessaire, avantageux pour les autres, & pour eux-mêmes qu’ils cultivent les Sciences & les Arts.

Mais plus il a de passions, plus il est exposé à abuser de ses talens, répliquera l’adversaire.

Plus il aura de savoir, moins il en abusera. Les grandes lumieres montrent trop clairement les erreurs, les abus, leurs principes, la honte attachée à tous les travers, pour que le savant qui les voit si distinctement ose s’y livrer. M. Rousseau dans les Observations convient que les vrais savans n’abusent point des Sciences ; puisque, de son aveu, elles sont sans danger quand on les posséde vraiment, & qu’il n’y a que ceux qui ne les possédent pas bien, qui en abusent, oui ne sauroit donc les cultiver avec trop d’ardeur ; & ce n’est pas la culture des Sciences qui est à craindre, selon M. Rousseau même, mais au contraire le défaut de cette culture, la culture imparfaite, l’abus de cette culture. Voilà où se réduit la défense de cet Auteur lorsqu’on l’analyse, & l’on