Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/213

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Et s’il fut des tems, s’il est encore des climats où certains crimes soient ignorés, n’y voit-on pas d’autres désordres ? N’en voit-on pas encore de plus monstrueux chez ces peuples dont on vante la stupidité ? Parce que l’or ne tente pas leur cupidité, parce que les honneurs n’excitent pas leur ambition, en connoissent-ils moins l’orgueil &s injustice ? Y sont-ils moins livrés aux bassesses de l’envie, moins emportés par la fureur de la vengeance ; leurs sens grossiers sont-ils inaccessibles à l’attrait des plaisirs ? Et à quels excès ne se porte pas une volupté qui n’a point de regles, & qui ne connoît point de freins ? Mais quand même dans ces contrées sauvages il y auroit moins de crimes que dans certaines nations policées, y a-t-il autant de vertus ? Y voit-on sur-tout ces vertus sublimes, cette pureté de mœurs, ce désintéressement magnanime, ces actions surnaturelles qu’enfante la religion ?

Tant de grands hommes qui l’ont défendue par leurs ouvrages, qui l’ont fait admirer par leurs mœurs, n’avoient-ils pas puisé dans le étude ces lumieres supérieures qui ont triomphé des erreurs & des vices ? C’est le faux bel-esprit, c’est l’ignorance présomptueuse qui sont éclore les doutes & les préjugés ; c’est l’orgueil, c’est obstination qui produisent les schismes & les hérésies ; c’est le pyrrhonisme, c’est l’incrédulité qui favorisent l’indépendance, la révolte, les passions, tous les forfaits. De tels adversaires sont honneur à la religion. Pour les vaincre, elle n’a qu’à paroitre ; seule, elle a de quoi les confondre tous ; elle ne craint que de n’être pas assez connue, elle n’a besoin que d’être approfondie pour se faire