Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/214

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respecter ; on l’aime dès qu’on la connoît ; à mesure qu’on l’approfondit davantage, on trouvé de nouveaux motifs pour la croire, & de nouveaux moyens pour la pratiquer : plus le Chrétien examine l’authenticité de ses titres, plus il se rassure dans la possession de sa croyance ; plus il étudie la révélation, plus il se fortifie dans la foi. C’est dans les divines Ecritures qu’il en découvre l’origine & l’excellence ; c’est dans les doctes écrits des Peres de l’Eglise qu’il en suit de siecle en siecle le développement ; c’est dans les livres de morale, & les annales saintes, qu’il en voit les exemples, & qu’il s’en fait l’application.

Quoi ! l’ignorance enlevera à la religion & à la vertu des lumieres si pures, des appuis si puissans, & ce sera à cette même religion qu’un docteur de Geneve enseignera hautement qu’on doit l’irrégularité des mœurs ! On s’étonneroit davantage d’entendre un si étrange paradoxe, si on ne savoit que la singularité d’un systême, quelque dangereux qu’il soit, n’est qu’une raison de plus pour qui n’a pour regle que l"esprit particulier. La religion étudiée est pour tous les hommes la regle infaillible des bonnes mœurs. Je dis plus : l’étude même de la nature contribue à élever les sentimens, à régler la conduite ; elle ramene naturellement à l’admiration l’amour, à la reconnoissance, à la soumission que toute ame raisonnable sent être dues au Tout-puissant. Dans le cours régulier de ces globes immenses qui roulent sur nos têtes, l’Astronome découvre une Puissance infinie. Dans le proportion exacte de toutes les parties qui composent l’univers, le Géometre apperçoit l’effet d’une Intelligence sans bornes.