Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/221

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de quelques autres, la religion a dégénéré en hypocrisie, la piété en superstition, la théologie en erreur, la jurisprudence en chicane, l’astronomie en astrologie judiciaire, la physique en athéisme. Jouet des préjugés les plus bizarres, attaché aux opinions les plus absurdes, entêté des systêmes les plus insensés, dans quels écarts ne donne pas l’esprit humain, quand, livré à une curiosité présomptueuse, il veut franchir les limites que lui a marquées la même main qui a donne des bornes à la mer ! Mais en vain les flots mugissent, se soulevent, s’élancent avec fureur sur les côtes opposées ; contraints de se replier bientôt sur eux-mêmes, ils rentrent dans le sein de l’océan, & ne laissent sur ses bords qu’une écume légere qui s’évapore à l’instant, ou qu’un fable mouvant qui suit sous nos pas.

Image naturelle des vains efforts de l’esprit, quand, échauffé par les saillies d’une imagination dominante, se laissant emporter à tout vent de doctrine, d’un vol audacieux il veut s’élever au-delà de sa sphere, & s’efforce de pénétrer ce qu’il ne lui est pas donne de comprendre.

Mais les Sciences, bien loin d’autoriser de pareils excès, sont pleines de maximes qui les réprouvent : & le vrai savant, qui ne perd jamais de vue le flambeau de la révélation, qui suit toujours le guide infaillible de l’autorité légitime, procede avec sureté, marche avec confiance, avance à grands pas dans la carriere des Sciences, se rend utile à la société, honore sa Patrie, fournit sa course dans l’innocence, & la termine avec gloire.