Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/228

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le luxe, qui fait la plus ordinaire occupation des gens heureux ; d’autres ayant reçu de la nature de plus favorables dispositions, étendirent les limites de l’esprit, & créerent une gloire nouvelle.

Ainsi tandis que les uns, par le spectacle des richesses & des voluptés, profanoient les loix & les mœurs ;. les autres allumoient le flambeau de la Philosophie & des Arts, instruisoient, ou célébroient les vertus, & donnoient naissance à ces nous si chers aux gens qui savent penser, l’atticisme & l’urbanité. Des occupations si opposées peuvent-elles donc mériter les mêmes qualifications ? Pouvoient-elles produire les mêmes effets ?

Je ne nierai pas que la corruption générale ne se soit répandue quelquefois jusques sur les Lettres, & qu’elle n’ait produit des excès dangereux ; mais doit-on confondre la noble destination des Sciences avec l’abus criminel qu’on en a pu faire ? Mettra-t-on dans la balance quelques épigrammes de Catulle ou de Martial, contre les nombreux volumes philosophiques, politiques & moraux de Cicéron, contre le sage poeme de Virigle ?

D’ailleurs, les ouvrages licencieux sont ordinairement le fruit de l’imagination, & non celui de la science & du travail. Les hommes dans tous les tems & dans tous les pays ont eu des passions ; ils les ont chantées. La France avoit des romanciers & des Troubadours, long-tems avant qu’elle eût des savans & des philosophes. En supposant donc que les Sciences & les Arts eussent été étouffés dans leur berceau, toutes les idées inspirées par les passions n’en auroient pas