Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/230

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commun avec les progrès des Lettres ? Par-tout je vois des causes purement politiques. Si Rome eût encore quelques beaux jours, ce fut sous des Empereurs Philosophes. Séneque a-t-il donc été le corrupteur de Néron ? Est-ce l’étude de la Philosophie & des Arts qui fit autant de monstres, des Caligula, des Domitien, des Héliogabale ? Les Lettres qui s’étoient élevées avec la gloire de Rome ne tomberent- elles pas sous ces regnes cruels ? Elles s’affoiblirent ainsi par degrés avec le vaste Empire auquel la destinée du monde sembloit être attachée. Leurs ruines surent communes, & l’ignorance envahir l’univers une seconde fois, avec la barbarie & la servitude, ses compagnes fidelles.

Disons donc que les Muses aiment la liberté, la gloire & le bonheur. Par-tout je les vois prodiguer leurs bienfaits sur les nations, au moment où elles sont les plus florissantes, Elles n’ont plus redouté les glaces de la Russe, si-tôt qu’elles ont été attirées dans ce puissant Empire par le héros singulier, qui en a été, pour ainsi dire, le créateur : le législateur de Berlin, le conquérant de la Silésie, les fixe aujourd’hui dans le nord de l’Allemagne, qu’elles sont retentir de leurs chants.

S’il est arrivé quelquefois que la gloire des Empires n’a pas survécu long-tems à celle des Lettres, c’est qu’elle étoit à son comble, lorsque les Lettres ont été cultivées, & que le sort des choses humaines est de ne pas durer long-tems dans le même état. Mais bien loin que les Sciences y contribuent, elles périssent infailliblement frappées des mêmes coups ; en sorte que l’on peut observer que les progrès des Lettres