Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/236

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Mais que deviendront ces accusations, si la politesse n’est en effet que l’expression d’une ame douce & bienfaisante ? L’habitude d’une si louable imitation seroit seule capable de nous élever jusqu’à la vertu même ; tel est le mépris de la coutume Nous devenons enfin ce que nous feignons d’être. Il entre dans la politesse des mœurs, plus de philosophie qu’on ne pense ; elle respecte le nom & la qualité d’homme ; elle seule conserve entr’eux une sorte d’égalité fictive ; foible, mais précieux reste de leur ancien droit naturel. Entre égaux, elle devient la médiatrice de leur amour-propre ; elle est le sacrifice perpétuel de l’humeur & de l’esprit de singularité.

Dira-t-on que tout un peuple qui exerce habituellement cet démonstrations de douceur, de bienveillance, n’est composé que de perfides & de dupes ? Croira-t-on que tous soient en même tems & trompeurs & trompés ?

Nos cœurs ne sont point assez parfaits pour se montrer sans voile : la politesse est un vernis qui adoucit les teintes tranchantes des caracteres ; elle rapproche les hommes, & les engagé à s’aimer par les ressemblances générales qu’elle répand sur eux : sans elle, la société n’offiriroit que des disparates & des chocs ; on se hairoit par les petites choses & avec cette disposition, il seroit difficile de s’aimer même pour les plus grandes qualités. On a plus souvent besoin de complaisance que de services ; l’ami le plus généreux m’obligera peut-être tout au plus une fois dans sa vie. Mais une société douce & polie embellit tous les moments du jour. Enfin la politesse place les vertus ; elle seule leur enseigne ces combinaisons fines, qui les subordonnent les unes aux