Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/235

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de Caton : avec l’humeur & les préjugés héréditaires dans sa famille, il déclama toute sa vie, combattit, & mourut enfin sans avoir rien fait d’utile pour sa Patrie. Les anciens Romains labouroient d’une main & combattoient de l’autre. C’étoient de grands hommes, je le crois, quoiqu’ils ne fissent que de petites choses : ils se consacroient tout entiers à leur Patrie, parce qu’elle étoit éternellement en danger. Dans ces premiers tems on ne savoir qu’exister ; la tempérance & le courage ne pouvoient être de vraies vertus, ce n’étoit que des qualités forcées : on étoit alors dans une impossibilité physique d’être voluptueux ; & qui vouloir être lâche, devoir se résoudre à être esclave. Les états s’accrurent l’inégalité des biens s’introduisit nécessairement : un Proconsul d’Asie pouvoir-il être aussi pauvre que ces Consuls anciens, demi-bourgeois & demi-paysans, qui ravageoient un jour les champs des Fidénates, & revenoient le lendemain cultiver les leurs ? Les circonstances seules ont fait ces différences : la pauvreté ni la richesse ne sont point la vertu ; elle est uniquement dans le bon ou le mauvais usage des biens ou des maux que nous avons reçus de la nature & de la fortune.

Après avoir justifié les Lettres sur l’article du luxe, il me reste à faire voir que la politesse qu’elles ont introduite dans nos mœurs, est un des plus utiles présens qu’elles pussent faire aux hommes. Supposons que la politesse n’est qu’un masque trompeur qui voile tous les vices, c’est présenter l’exception au lieu de la regle, & l’abus de la chose à la place de la chose même.