Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/265

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une intelligence infinie, qui, douée d’une puissance suprême, exécute tout ce qui lui plaît, on lui donne de Dieu une notion assortie à la portée de son jugement. Il n’est pas douteux qu’un athée, par ses sophismes, viendra facilement à bout de troubler les idées de ce jeune croyant : mais toute l’adresse du sophiste ne sera certainement pas que cet enfant, lorsqu’il croit en Dieu, soit idolâtre ou antropomorphite ; c’est-à-dire, qu’il ne croye que l’existence d’une chimere.

VIII. L’Auteur va plus loin, M. T. C. F., il n’accorde pas même à un jeune homme de quinze ans, la capacité de croire en Dieu. L’homme ne saura donc pas même à cet âge ; s’il y a un Dieu, ou s’il n’y en a point : toute la nature aura beau annoncer la gloire de son Créateur, il n’entendra rien à son langage ! Il existera, sans savoir à quoi il doit son existence ! Et ce sera la saine raison elle-même qui le plongera dans ces ténebres ! C’est ainsi, M. T. C. F., que l’aveugle impiété voudroit pouvoir obscurcir de ses noires vapeurs, le flambeau que la religion présente à tous les âges de la vie humaine. Saint Augustin raisonnoit bien sur d’autres principes, quand il disoit, en parlant des premieres années de sa jeunesse. "Je tombai dès ce tems-là, Seigneur, entre les mains de quelques-uns de ceux qui ont soin de vous invoquer ; & je compris par ce qu’ils me disoient de vous, & selon les idées que j’étois capable de m’en former à cet âge-là, que vous étiez quelque chose de grand, & qu’encore que vous fussiez invisible, & hors de la portée de nos sens, vous pouviez nous exaucer & nous secourir. Aussi commençai-je dès mon enfance à vous prier, & vous regarder