Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/289

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servit de leçon à ses successeurs ; & depuis ce tems, cette ville n’a cessé de se peupler, de s’enrichir & de s’embellir dans le sein de la paix. Quelques dissentions intestines, dont la derniere a éclaté en 1738, ont de tems en tems altéré légérement la tranquillité de la République ; mais tout a été heureusement pacifié par la médiation de la France & des Cantons confédérés ; & la sureté est aujourd’hui établie au dehors plus fortement que jamais, par deux nouveaux traités, l’un avec la France en 1749, l’autre avec le roi de Sardaigne en 1754.

C’est une chose très-singuliere, qu’une ville qui compte à peine 24000 ames, & dont le territoire morcelé ne contient pas trente villages, ne laissé pas d’être un Etat Souverain, & une des villes les plus florissantes de l’Europe. Riche par sa liberté & par son commerce, elle voit souvent autour d’elle tout en feu sans jamais s’en ressentir ; les événemens qui agitent l’Europe ne sont pour elle qu’un spectacle, dont elle jouit sans y prendre part ; attachée aux François par ses alliances & par son commerce, aux Anglois par son commerce & par la religion, elle prononce avec impartialité sur la justice des guerres que ces deux Nations puissantes se sont l’une à l’autre (quoiqu’elle soit d’ailleurs trop sage pour prendre aucune part à ces guerres), & jugé tous les Souverains de l’Europe, sans les flatter, sans les blesser, & sans les craindre.

La ville est bien fortifiée, sur-tout du côté du Prince qu’elle redoute le plus, du roi de Sardaigne. Du côté de la France, elle est presque ouverte & sans défense. Mais le service s’y fait comme dans une ville de guerre ; les arsenaux & les