Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/293

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


cupidité : ils ne peuvent tenter que des ames nobles, par la considération qui y est attachée.

On voit peu de procès ; la plupart sont accommodés par des amis communs, par les Avocats même, & par les Juges.

Des loix somptuaires défendent l’usage des pierreries & de la dorure, limitent la dépense des funérailles, & obligent tous les citoyens à aller à pied dans les rues : on n’a de voitures que pour la campagne. Ces loix, qu’on regarderoit en France comme trop séveres & presque comme barbares & inhumaines, ne sont point nuisibles aux véritables commodités de la vie, qu’on peut toujours se procurer à peu de frais ; elles ne retranchent que le faste, qui ne contribue point au bonheur, & qui ruine sans être utile.

Il n’y a peut-être point de ville où il y ait plus de mariages heureux ; Geneve est sur ce point à deux cents ans de nos mœurs. Les réglemens contre le luxe sont qu’on ne craint point la multitude des enfans ; ainsi le luxe n’y est point, comme en France, un des grands obstacles à la population.

On ne souffre point a Geneve de comédie ; ce n’est pas qu’on y désapprouve les spectacles en eux-mêmes, mais on craint, dit-on, le goût de parure, de dissipation & de libertinage que les troupes de comédiens répandent parmi la jeunesse. Cependant ne seroit-il pas possible de remédier à cet inconvénient, par des loix séveres & bien exécutées sur la conduite des comédiens ? Par ce moyen Geneve auroit des spectacles & des mœurs, & jouiroit de l’avantage des