Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/299

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de Jean Hus, que les Catholiques même, disent-ils, n’entreprennent plus de justifier, où l’humanité & la bonne foi furent également violées, & qui dort couvrir la mémoire de l’Empereur Sigmond d’un opprobre éternel.

"Ce n’est pas, dit M. de Voltaire, un petit exemple du progrès de la raison humaine,qu’on ait imprimé à Geneve avec l’approbation publique (dans l’essai sur l’histoire universelle du même Auteur), que Calvin avoit une ame atroce, aussi bien qu’un esprit éclairé. Le meurtre de Servet paroît aujourd’hui abominable." Nous croyons que les éloges dûs à cette noble liberté de penser & d’écrire, sont partager également entre l’Auteur, son siecle & Geneve. Combien de pays où la Philosophie n’a pas fait moins de progrès, mais où la vérité est encore captive, où la raison n’ose élever la voix pour foudroyer ce qu’elle condamne en silence, où même trop d’Ecrivains pusillanimes, qu’on appelle sages, respectent les préjugés qu’ils pourroient combattre avec autant de décence que de sureté !

L’enfer, un des points principaux de notre croyance, n’en est pas un aujourd’hui pour plusieurs ministres de Geneve ; ce seroit, selon eux, faire injure à la divinité, d’imaginer que cet Etre plein de bonté & de justice, fût capable de punir nos fautes par une éternité de tourmens : ils expliquent le moins mal qu’ils peuvent les passages formels de l’Ecriture qui sont contraires à leur opinion, prétendant qu’il ne faut jamais prendre à la lettre dans les Livres saints, tout ce qui paroît blesser l’humanité & la raison. Ils croient donc qu’il y a des peines dans une autre vie, mais pour un tems ; ainsi