Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/30

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Ce n’est point ici, Messieurs, un jeu d’esprit, ni l’effet de quelque jalousie secrete. Nos adversaires combattent à visage découvert : ce sont des personnages graves ; & ce qu’il y a de plus extraordinaire ce sont des hommes très-éloquens.. Ils citent le genre-humain à leur tribunal ; & parcourant son histoire comme s’il ne s’agissoit que de l’histoire de la vie d’un seul homme, ils remarquent d’abord, que créé depuis plusieurs siecles, après une longue enfance, loin de devenir plus mûr avec l’âge, il renchérit tous les jours sur ses anciens vices, qu’il se plonge de plus en plus dans le crime, & ne cessé jamais d’être le jouet de quelque passion particuliere ou de toutes ensemble. Indignés à la vue d’une si étrange dépravation, & persuadés d’une part que nos desirs sont l’unique source de nos déréglemens ; & de l’autre, qu’on ne desire que ce que l’on connoît ; ils osent conclure que la vertu n’a contre le vice d’asyle assuré que dans le sein de l’ignorance, & quel les Sciences & les Arts sont pour l’esprit qui en est orné autant de différens poisons, dont il faut proscrire l’usage.

Nous conviendroit-il d’autoriser ce sentiment par notre silence ? & ne devons-nous pas plutôt le soumettre à la censure de cette auguste Assemblée ? C’est ici, Messieurs, que les Lettres comparoissent devant vous, non en qualité de suppliantes, comme elles plaident moins pour leur propre intérêt que pour celui de l’humanité, cette posture les déshonoreroit ; ni même en qualité de complaignantes, car elles n’ont garde de s’irriter contre ceux que le seul amour de la vertu porte à les insulter : mais remplies d’égards pour tout le monde, elles vous invitent simplement à examiner, si sous prétexte de