Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/31

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venger la vertu, on ne lui causeroit pas un extrême préjudice, en lui interdisant tout commerce avec elles.

Quel plus juste motif de confiance pour les Lettres, que de voir l’élite du Royaume s’assembler en foule dans ce lieu, qui a toujours été regardé comme le sanctuaire des Sciences ? Ici, Messieurs, même en gardant le silence, vous plaidez éloquemment leur cause ; votre présence seule, qui est une preuve de l’attachement que vous avez pour elles, leur répond de la victoire.

Chargé d’acquitter le tribut annuel que nous vous devons, je vais donc parcourir les avantages que les Lettres procurent à la vertu, & vous montrer dans la premiere partie de ce Discours, combien ceux qui les condamnent les connoissent peu : vous verrez dans la seconde que l’expérience & les faits détruisent également les reproches, dont on veut les accabler. Daignez, Messieurs, prêter à ce que je vais dire une oreille favorable.

PREMIERE PARTIE.

On peut pardonner aux ignorans l’erreur qui leur fait attribuer aux Lettres l’abus qu’en sont quelquefois ceux qui les cultivent ; mais que des savans exercés dans tous les genres d’érudition méconnoissent leur essence & leur destination, & les rendent responsables de tous les maux qu’éprouve le genre humain, c’est un prodige qui a droit de nous surprendre. Il ne manquoit plus que ce dernier trait au tableau des miseres