Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/317

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des distingue des autres. L’estime publique est le but principal de tout Ecrivain ; & la premiere vérité qu’il veut apprendre à ses lecteurs, c’est qu’il est digne de cette estime. En vain effecteroit-il de la dédaigner dans ses ouvrages ; l’indifférence se taît, & ne fait point tant de bruit ; les injures même dites à une nation ne sont quelquefois qu’un moyen plus piquant de se rappeller à son souvenir. Et le fameux Cynique de la Grece eût bientôt quitté ce tonneau d’où il bravoit les préjugés & les Rois, si les Athéniens eussent passé leur chemin sans le regarder & sans l’entendre. La vraie philosophie ne consiste point à fouler aux pieds la gloire, & encore moins à le dire ; mais à n’en pas faire dépendre son bonheur, même en tâchant de la mériter. On n’écrit donc, Monsieur, que pour être lu, & on ne veut être lu que pour être estimé ; j’ajoute, pour être estimé de la multitude, de cette multitude même, dont on fait d’ailleurs (& avec raison) si peu de cas. Une voix secrete & importune nous crie, que ce qui est beau, grand & vrai plaît a tout le monde, & que ce qui n’obtient pas le suffrage général, manque apparemment de quelqu’une de ces qualités. Ainsi quand on cherche les éloges du vulgaire, c’est moins comme une récompense flatteuse en elle-même, que comme le gage le plus sur de la bonté d’un ouvrage. L’amour-propre qui n’annonce que des prétentions modérées, en déclarant qu’il se borne à l’approbation du petit nombre, est un amour-propre timide qui se console d’avance, ou un amour-propre mécontent qui se console après coup. Mais quel que soit le but d’un. Ecrivain, soit d’être loué, soit d’être utile, ce but n’importe gueres au public, ce