Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/427

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EPITRE A M. PARISOT.
Achevée le 10 Juillet 1742.


A Mr, daigne souffrir qu’à tes yeux aujourd’hui
Je dévoile ce cœur plein de trouble & d’ennui.
Toi qui connus jadis mon ame toute entier,
Seul en qui je trouvois un ami tendre, un pere,
Rappelle encor, pour moi, tes premieres bontés,
Rends tes soins à mon cœur, il les a mérités.


Ne crois pas qu’alarmé par de frivoles craintes
De ton silence ici je te fasse des plaintes,
Que par de faux soupçons, indignes de tous deux,
Je puisse t’accuser d’un mépris odieux :
Non, tu voudrois en vain t’obstiner à te taire,
Je sais trop expliquer ce langage sévere
Sur ces tristes projets que je t’ai dévoilés
Sans m’avoir répondu, ton silence a parlé.
Je ne m’excuse point, dés qu’un ami me blâme.
Le vil orgueil n’est pas le vice de mon ame.
J’ai reçu quelquefois de solides avis,
Avec bonté donnés, avec zele suivis :
J’ignore ces détours dont les vaines adresses
En autant de vertus transforment nos foiblesses,