Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/428

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Et jamais mon esprit, sous de fausses couleurs,
Ne sut à tes égards déguiser ses erreurs ;
Mais qu’il me soit permis, par un soin légitime,
De conserver du moins des droits à ton estime.
Pese mes sentimens, mes raisons & mon choix,
Et décide mon sort pour la derniere sois.


Né dans l’obscurité, j’ai fait dès mon enfance
Des caprices du sort la triste expérience,
Et s’il est quelque bien qu’il ne m’ait point ôté,
Même par ses saveurs il m’a persécuté.
Il m’a fait naître libre, hélas, pour quel usage ?
Qu’il m’a vendu bien cher un si vain avantage !
Je suis libre en effet : mais de ce bien cruel
J’ai reçu plus d’ennuis que d’un malheur réel.
Ah ! s’il falloit un jour, absent de ma patrie,
Traîner chez l’étranger ma languissante vie,
S’il falloir bassement ramper auprès des grands :
Que n’en ai-je appris l’art dès mes plus jeunes ans !
Mais sur d’autres leçons on forma ma jeunesse,
On me dit de remplir mes devoirs sans bassesse,
De respect les grands, les magistrats, les rois ;
De chérir les humains & d’obéir aux loix :
Mais on m’apprit aussi qu’ayant par ma naissance
Le droit de partager la suprême puissance,
Tout petit que j’étois, foible, obscur citoyen,
Je faisois cependant membre du souverain ;
Qu’il falloit soutenir un si noble avantage