Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/435

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Voilà de mes erreurs un abrégé fidele :
C’est à toi de juger, ami, sur ce modele,
Si je puis, près des grands implorant de l’appui,
A la fortune encor recourir aujourd’hui.
De la gloire est-il tems de rechercher le lustre,
Me voici presque au bout de mon sixieme lustre.
La moitié de mes jours dans l’oubli sont passés,
Et déjà du travail mes esprits sont lassés.
Avide de science, avide de sagesse,
Je n’ai point aux plaisirs prodigué ma jeunesse ;
J’osai d’un tems si cher faire un meilleur emploi,
L’étude & la vertu surent la seule loi
Que je me proposai pour régler ma conduite :
Mais ce n’est point par art qu’on acquiert du mérite,
Que sert un vain travail par le ciel dédaigné,
Si de son but toujours on se voit éloigné ?
Comptant, par mes talens, d’assurer ma fortune,
Je négligeai ces soins, cette brigue importune,
Ce manege subtil, par qui cent ignorans
Ravissent la faveur & les bienfaits des grands.


Le succès cependant trompé ma confiance,
De mes foibles progrès je sens peu d’espérance,
Et je vois qu’à juger par des effets si lents,
Pour briller dans le monde il saut d’autres talens.
Eh ! qu’y serois- je, moi, de qui l’abord timide
Ne fait point affecter cette audace intrépide,
Cet air content de soi, ce ton fier & joli