Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/444

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il vaudroit mille fois mieux n’en avoir aucun. Eh ! n’éprouvé-je pas encore aujourd’hui le retour plein d’ingratitude & de dureté de gens, pour lesquels j’ai achevé de m’épuiser, en leur enseignant, avec beaucoup d’assiduité & d’application, ce qui m’avoir coûté bien des soins & des travaux à apprendre. Enfin, pour comble de disgraces, me voilà tombé dans une maladie affreuse, qui me défigure. Je suis désormais renfermé, sans pouvoir presque sortir du lit & de la chambre, jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu de disposer de ma courte, mais misérable vie.

Ma douleur est de voir que Madame de Warens a déjà trop fait pour moi ; je la trouvé, pour le reste de mes jours, accablée du fardeau de mes infirmités, dont son extrême bonté ne lui laissé pas sentir le poids ; mais qui n’incommode pas moins ses affaires, déjà trop resserrées par ses abondantes charités, & par l’abus que des misérables n’ont que trop souvent fait de sa confiance.

J’ose donc, sur le détail de tous ces faits, recourir à Son Excellence comme au pere des affligés. Je ne dissimulerai point qu’il est dur à un homme de sentimens, & qui pense comme je fais, d’être obligé, faute d’autre moyen, d’implorer des assistances & des secours : mais tel est le décret de la Providence. Il me suffit, en mon particulier, d’être bien assuré que je n’ai donne, par ma faute, aucun lieu ni à la misère, ni aux maux dont je suis accablé. J’ai toujours abhorré le libertinage & l’oisiveté, & tel que je suis, j’ose être assuré que personne, de qui j’aye l’honneur d’être connu, n’aura sur ma conduite, mes sentimens & mes mœurs, que de favorables témoignages à rendre.