Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/447

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endurcis ? Madame de Warens vit le prélat ; ses préjugés surent détruits ; les doutes furent dissipés ;& pénétrée des grandes vérités qui lui étoient annoncées, elle se détermina à rendre à la foi par un sacrifice éclatant, le prix des lumieres dont elle venoit de l’éclairer.

Le bruit du dessein de Madame de Warens ne tarda pas à se répandre dans le pays de Vaud : ce fut un deuil & des alarmes universelles : cette dame y étoit adorée, & l’amour qu’on avoit pour elle se changea en fureur, contre ce qu’on appelloit ses séducteurs & ses ravisseurs. Les habitans de Vevey ne parloient pas moins que de mettre le feu à Evian, & de l’enlever à main armée au milieu même de la cour. Ce projet insensé, fruit ordinaire d’un zele fanatique,parvint aux oreilles de Sa Majesté, & ce fut à cette occasion qu’elle fit à M. de Bernex cette espece de reproche si glorieux, qu’il faisoit des conversons bien bruyantes. Le roi fit partir sur le champ Madame de Warens pour Annecy, escortée de quarante de ses gardes. Ce fut-là, où quelque tems après Sa Majesté l’assura de sa protection dans les termes les plus flatteurs, & lui assigna une pension, qui doit passer pour une preuve éclatante de-la piété & de la générosité de ce prince ; mais qui n’ôte point, à Madame de Warens, le mérite d’avoir abandonné de grands biens & un rang brillant dans sa patrie, pour suivre la voix du Seigneur, & se livrer sans réserve à sa Providence. Il eût même la bonté de lui offrir d’augmenter cette pension, de forte qu’elle pût figurer avec tout l’éclat qu’elle souhaiteroit, & de lui procurer la situation la plus gracieuse, si elle vouloit se rendre à Turin, auprès de la reine. Mais