Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/467

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voulez bien me pardonner. Je n’ai garde de prendre la chose au pied de la lettre, & je suis sûr que quand un cœur comme le vôtre, a autant aimé quelqu’un que je me souviens de l’avoir été de vous, il lui est impossible d’en venir jamais à un tel point d’aigreur qu’il faille des motifs de religion pour le réconcilier. Je reçois cela comme une petite mortification que vous m’imposez en me pardonnant, & dont vous savez bien qu’une parfaite connoissance de vos vrais sentimens adoucira l’amertume.

Je vous remercie, ma très-chere maman, de l’avis que vous m’avez fait donner d’écrire à mon pere. Rendez-moi, cependant la justice de croire que ce n’est ni par négligence, mi par oubli, que j’avois retardé jusqu’à présent. Je pensois qu’il auroit convenu d’attendre la réponse de M. l’abbé Arnauld, afin que si le sujet du mémoire n’avoir eu nulle apparence de réussîr, comme il est à craindre, je lui eusse passé sous silence ce projet évanoui. Cependant vous m’avez fait faire réflexion que mon délai étoit appuyé sur une raison trop frivole, & pour réparer la chose le plutôt qu’il est possible, je vous envoie ma lettre, que je vous prie de prendre la peine de lire, de fermer & de faire partir, si vous le jugez à propos.

Il n’est pas nécessaire, je crois, de vous assurer que je languis depuis long-tems dans l’impatience de vous revoir. Songez, ma très-chere maman, qu’il y a un mois, & peut-être au-delà, que je suis privé de ce bonheur. Je suis du plus profond de mon cœur, & avec les sentimens du fils le plus tendre, &c.