Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/47

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des tems si éloignés ? Les expéditions modernes des Sarrasins & des Arabes suffisent pour décider la question. Les Sciences & les Arts furent-ils jamais plus méprisés & plus maltraités, que sous ces barbares vainqueurs qui se glorifioient de leur ignorance ? Combien ont-ils saccagé de villes où les études étoient florissantes. Que dirai-je de ces Isles autrefois si renommées, d’Alexandrie & de sa fameuse bibliothèque qu’ils ont réduite en cendres, enfin de toute cette côte d’Afrique où les Tertulliens, les Cypriens, les Augustins ont donne tant de preuves de leur génie & de leur érudition ? Faut- il dater le regne de la pudeur, de la bonne foi, de l’humanité, depuis que la Patrie de ces saints personnages est devenue le domaine des corsaires & des brigands.

On ne peut voir sans douleur que des débris de tant d’Empires se soit formé celui du libertinage & de l’irréligion. Ce couple impur s’applaudit au milieu de Babylone, où il a établi son trône depuis tant d’années. Le libertinage considere avec complaisance cette foule innombrable de peuples dévoués à la mollesse : l’impiété se glorifie d’avoir assujetti à ses ridicules superstitions tant de grands génies. L’un & l’autre se réjouissent d’avoir rendue stérile la plus fertile partie du monde, & de l’avoir changée en déserts affreux. C’est en défigurant les productions de la nature, en proscrivant les ouvrages de l’art qu’ils sont venus à bout de dégrader l’homme & de ternir la gloire du Créateur ; ils ne pouvoient choisir de plus sûrs moyens ; mais donner son approbation à de pareils attentats n’est-ce pas se déclarer l’ennemi de Dieu & des hommes ? Au-contraire, quoi de plus propre à allumer dans les cœurs