Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/485

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je me serois bien gardé de changer l’endroit aussi librement que je l’ai fait, & ce qui m’a engagé à parler de moi, c’est que j’ai cru pénétrer que votre délicatesse se faisoit quelque peine qu’on pût penser que cet argent tournât à votre profit, idée qui ne peut tomber que dans l’esprit d’un enragé ; quoi qu’il en soit, j’espere bien de n’en jamais souiller mes mains.

Vous avez, sans doute par mégarde, joint au mémoire une feuille séparée que je ne suppose pas qui fût à copier. En effet, ne pourroit-on pas me demander de quoi je me mêle là ; & moi, qui assure être séquestré de toute affaire civile, me siéroit-il de paroître si bien instruit de choses qui ne sont pas de ma compétence ?

Quant à ce qu’on me fait dire que je souhaiterois de n’être pas nomme, c’est une fausse délicatesse que je n’ai point. La honte ne consiste pas à dire qu’on reçoit, mais à être obligé de recevoir. Je méprise les détours d’une vanité mal entendue autant que je fais cas des sentimens élevés. Je sens pourtant le prix d’un pareil ménagement de votre part & de celle de mon oncle ; mais je vous en dispense l’un & l’autre. D’ailleurs sous quel nom, dites- moi, feriez-vous enrégistrer la pension ?

Je fais mille remercîmens au très-cher oncle. Je connois tous les jours mieux quelle est sa bonté pour moi : s’il a obligé tant d’ingrats en sa vie, il peut s’assurer d’avoir au moins trouvé un cœur reconnoissant : car, comme dit Séneque :

Multa perdenda sunt, ut semel ponas bene.