Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/492

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l’on se moque de moi, & que l’on ne me réserve que la coquille de l’huître.

Vous voyez, Madame, que le voyage que j’avois entrepris, comme une espece de partie de plaisir, a pris une tournure bien opposée ; aussi le charme d’être tout le jour seul dans une chanbre à promener ma mélancolie, dans des transes continuelles, ne contribue pas comme vous pouvez bien croire à l’amélioration de ma santé. Je soupire après l’instant de mon retour, & je prierai bien Dieu désormais qu’il me préserve d’un voyage aussi déplaisant.

J’en étois-là de ma lettre quand M. Barillot m’est venu voir, il m’a sort assuré que mon affaire ne souffroit plus de difficultés. M. le Résident a intervenu & a la bonté de prendre cette affaire-là à cœur. Comme il y a un intervalle de deux jours entre le commencement de ma lettre & la fin, j’ai pendant ce tems-là été rendre mes devoirs à M. le Résident qui m’a reçu le plus gracieusement, & j’ose dire le plus familiérement du monde. Je suis sûr à présent que mon affaire finira totalement dans moins de trois jours d’ici, & que ma portion me sera comptée sans difficulté, sauf les frais qui, à la vérité, seront un peu forts, & même bien plus haut que je n’aurois cru.

Je n’ai, Madame, reçu aucune nouvelle de votre part ces deux ordinaires ici ; j’en suis mortellement inquiet ; si je n’en reçois pas l’ordinaire prochain, je ne sais ce que je deviendrai. J’ai reçu une lettre de l’oncle, avec une autre pour le curé son ami. Je ferai le voyage jusques-là, mais je sais qu’il n’y a rien à faire & que ce pré est perdu pour moi.