Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/495

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vous les aviez destinés à M. Perrin, vicaire de police, dont votre situation en ce pays-ci vous avoir rendu la protection indispensablement nécessaire. Mais les ayant refusés ils sont ici tout prêts aussi à faire un des ornemens de votre triomphe.

Je ne saurois, Madame, continuer sur le ton plaisant. Je suis véritablement indigné, & je crois qu’il seroit impossible à tout honnête homme à ma place d’éviter de l’être autant. Rentrez, Madame, en vous-même, rappeliez-vous les circonstances déplorables où vous vous êtes trouvée ici, vous, M. votre époux, & toute votre famille ; sans argent, sans amis, sans connoissances, sans ressources. Qu’eussiez-vous fait sans l’assistance de Madame de Warens ? Ma foi, Madame, je vous le dis franchement, vous auriez jetté un fort vilain coton. Il y avoir long-tems que vous en étiez plus loin qu’à votre derniere piece ; le nom que vous aviez jugé à propos de prendre, & le coup-d’œil sous lequel vous vous montriez, n’avoient garde d’exciter les sentimens en votre faveur ; & vous n’aviez pas, que je sache., de grands témoignages avantageux qui parlassent de votre rang & de votre mérite. Cependant, ma bonne marraine, pleine de compassion pour vos maux & pour votre misere actuelle, (pardonnez-moi ce mot, Madame,) n’hésita point à vous secourir, & la maniéré prompte & hasardée dont elle le fit prouvoit assez, je crois, que son cœur étoit bien éloigné des sentimens pleins de bassesses & d’indignités que vous ne rougissez point de lui attribuer. Il y paroît aujourd’hui, & même ce soin mystérieux de vous cacher en est encore une preuve, qui véritablement ne dépose gueres avantageusement pour vous.