Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/509

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d’écrire un seul ordinaire, tant il y a de négligence dans mon fait, comme vous dites fort bien & fort à votre aise.

Il vous reviendroit une description de la charmante ville de Montpellier, ce paradis terrestre, ce centre des délices de la France ; mais en vérité il y a si peu de bien & tant de mal à en dire, que je me serois scrupule d’en charger encore le portrait de quelque saillie de mauvaise humeur ; j’attends qu’un esprit plus reposé me permette de n’en dire que le moins de mal que la vérité me pourra permettre. Voici en gros ce que vous en pouvez penser en attendant.

Montpellier est une grande ville fort peuplée, coupée par un immense labyrinthe de rues sales, tortueuses & larges de six pieds. Ces rues sont bordées alternativement de superbes hôtels & de misérables chaumieres, pleines de boue & de fumier. Les habitans y sont moitié très-riches & l’autre moitié misérables à l’excès ; mais ils sont tous également gueux par leur maniere de vivre, la plus vile & la plus crasseuse qu’on puisse imaginer. Les femmes sont divisées en deux classes, les dames qui passent la matinée à s’enluminer, l’après-midi au pharaon & la nuit à la débauche à la différence des bourgeoises qui n’ont d’occupation que la derniere. Du reste ni les unes ni les autres n’entendent le françois, & elles ont tant de goût & d’esprit qu’elles ne doutent point que la comédie & l’opéra ne soient des assemblées de sorciers. Aussi on n’a jamais vu de femmes aux spectacles de Montpellier, excepté peut-être quelques misérables étrangeres qui auront eu l’imprudence de braver la délicatesse & la modestie des dames de Montpellier. Vous savez sans doute