Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/584

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au-delà du nécessaire. La bonté qu’elle a eue de me retirer dans sa maison, de me fournir des livres, de me payer des maîtres, & par-dessus tout ses excellentes instructions & son exemple édifiant, m’ont procuré les moyens d’une heureuse éducation, & de tourner au bien mes mœurs alors encore indécises ; il n’est pas besoin que je releve ici la grandeur de tous ces bienfaits, la simple exposition que j’en fais à vos yeux suffit pour vous en faire sentir tout le prix au premier coup-d’œil : jugez, mon cher pere, de tout ce qui doit se passer dans un cœur bien fait, en reconnoissance de tout cela ; la mienne est sans bornes ; voyez jusqu’où s’étend mon bonheur, je n’ai de moyen pour la manifester que le seul qui peut me rendre parfaitement heureux.

J’ai donc dessein de supplier Madame de Warens de vouloir bien agréer que je passe le reste de mes jours auprès d’elle, & que je lui rende jusqu’à la fin de ma vie tous les services qui seront en mon pouvoir ; je veux lui faire goûter autant qu’il dépendra de mon par mon attachement à elle & par la sagesse & la régularité de ma conduite, les fruits des soins & des peines qu’elle s’est donné pour moi : ce n’est point une maniere frivole de lui témoigner ma reconnoissance ; cette sage & aimable Dame a des sentimens assez beaux pour trouver de quoi se payer de ses bienfaits par ses bienfaits même, & par l’hommage continuel d’un cœur plein de zele, d’estime, d’attachement & de respect pour elle.

J’ai lieu d’espérer, mon cher pere, que vous approuverez ma résolution & que vous la seconderez de tout votre pouvoir. Par-là toutes difficultés sont levées ; l’établissement est tout