Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/595

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les principes dont je fais profession, m’ont souvent fait négliger la culture des talens de l’esprit, en saveur de celle des sentimens du cœur, & j’ai bien plus ambitionné de penser juste que de savoir beaucoup. Je serai cependant, Monsieur, même à cet égard, les plus puissans efforts pour soutenir l’opinion avantageuse que vous avez voulu donner de moi, & c’est en ce sens que je regarde tout le bien que vous avez dit, comme une exhortation polie de remplir de mon mieux l’engagement honorable que vous avez daigné contracter en mon nom. M. Mably demande les conditions sous lesquelles je pourrai me charger de l’éducation de ses fils.

Permettez-moi, Monsieur, de vous rappeller, a cet égard ce que j’ai eu l’honneur de vous dire de vive-voix. Je suis peu sensible à l’intérêt, mais je le suis beaucoup aux attentions : un honnête homme, maltraité de la fortune, & qui se fait un amour de ses devoirs, peut raisonnablement l’espérer, & je me tiendrai toujours dédommagé, selon mon goût, quand on voudra suppléer par des égards à la médiocrité des appointemens. Cependant, Monsieur, comme le désintéressement ne doit pas être imprudent, vous sentez qu’un homme qui veut s’appliquer à l’éducation des jeunes gens avec tout le goût & toute l’attention nécessaire, pour avoir lieu d’espérer un heureux succès, ne doit pas être distrait par l’inquiétude des besoins. Généralement il seroit ridicule de penser qu’un homme dont le cœur est flétri par la misere ou par des traitemens très-durs, puisse inspirer à ses éleves des sentimens de noblesse & de générosité. C’est l’intérêt des peres que les précepteurs ou les gouverneurs de leurs enfans ne soient pas dans une