Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/71

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Philosophes & des Artistes célébrés. Tous ces sujets, qu’ont-il de commun avec les tyrans, les guerres, & les conspirateurs ?

Sommes-nous donc faits, dites-vous, pour mourir attachés sur les bords du puits où la vérité s’est retirée ? Cette seule vérité devroit rebuter dès les premiers pas tout homme qui chercheroit sérieusement à s’instruire par l’étude de la Philosophie. Vous savez que les Sciences dont on occupe les jeunes Philosophes dans les Universités, sont la Logique, la Métaphysique, la Morale, la Physique, les Mathématiques élémentaires. Ce sont donc là selon vous de stériles spéculations. Les Universités vous ont une grande obligation de leur avoir appris que la vérité de ces Sciences s’est retirée au fond d’un puits ! Les grands Philosophes qui les possedent dans un degré éminent, sont sans doute bien surpris d’apprendre qu’ils ne savent rien. Ils ignoreroient aussi, sans vous, les grands dangers que l’on rencontre dans l’investigation des Sciences. Vous dites que le faux est susceptible d’une infinité de combinaisons, & que la vérité n’a qu’une maniere d’être : mais n’y a-t -il pas différentes routes,différentes méthodes pour arriver a la vérité ? Qui est-ce d’ailleurs, ajoutez-vous, qui la cherche bien sincérement ? À quelle marque est-on sur de la reconnoître ? Les Philosophes vous répondront qu’ils n’ont appris les Sciences, que pour les savoir & en faire usage ; & que l’évidence, c’est-à-dire, la perception du rapport des idées est le caractere distinctif de la vérité, & qu’on s’en tient à ce qui paroît le plus probable dans des matieres qui ne sont pas susceptibles de démonstration. Voudriez-vous voir renaître les Sectes de Pyrrhon, d’Arcésilas ou de Lacyde ?