Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/96

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Dieu préside à la premiere peuplade, l’instruit, l’exhorte, la menace, elle continue comme elle a débuté ; le crime se multiplie avec les hommes ; ils le portent à un tel comble d’horreur, que l’Etre souverainement bois, infiniment sage, se repent d’avoir créé une race aussi perverse, & ne fait de meilleur remede aux abominations qu’il lui voit commettre, que de l’exterminer. Il n’est dans le monde entier qu’une seule famille vertueuse & exceptée du supplice. Voilà un échantillon de ce dont est capable la nature humaine, abandonnée à elle-même, à ses passions, sans le frein des loix, sans les lumieres des Lettres, des Sciences & des Arts.

Reprenons l’histoire de cette race ; quelques siecles après ce châtiment terrible, nous la retrouverons bientôt aussi criminelle qu’auparavant ; nous la trouverons escaladant le Ciel même, & se révoltant en quelque sorte contre son Auteur. Dispersés enfin, par une seconde punition, dans toutes les parties de la terre, ils y portent tous leurs vices. Bientôt l’adroit & robuste Nembrod leve l’étendard de la tyrannie, & fait de tous ceux de ces freres, qui ne sont ni si forts ni si méchans que lui, autant d’esclaves & de ministres de ses passions & de si violence. Sous cette troupe assemblée par le crime & pour le crime, succombent des Nations entieres, que ces malheurs n’instruisent que pour les porter à leur tour dans d’autres climats. Je vois la terre entiere livrée à ces leçons de barbarie ; chaque particulier devient un Nembrod, s’il le peut ; les Nations conjurées contre les Nations s’entr’égorgent ou se chargent de chaînes ; elles forment aujourd’hui des Empires qui s’écroulent d’eux-mêmes le lendemain ; ils cèdent au tumulte & au